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Dromadaires et éléphants dans la cathédrale de Chartres

animaux dans la cathédrale - Vitrail de Noé dromadairesRetour sur les animaux dans la cathédrale de Chartres et leurs représentations. Le 13 siècle a connu la période des croisades. A cette occasion, les artistes ont reçu de nouvelles inspirations.  Les pèlerins de retour de terre Sainte ont probablement ramené de nombreux croquis. 2 verrières majeures de la cathédrale, toutes deux situés dans le bas côté nord nous offrent quelques belles représentations : le vitrail de Noé et le vitrail de Joseph.

Le vitrail de Joseph

Dans notre étude sur les animaux dans la cathédrale : regardons tout d’abord nos dromadaires sur le vitrail de Joseph. Ils sont situés tout en haut de la verrière, dans l’histoire, c’est le moment où les fils de Jacob vont en Egypte. Les jambes grêles des animaux sont très finement observées. Les pieds ongulés également. Vous observerez le traitement du cou : allongé à la courbe légère. Ces cous portent les cloches… Si vous êtes observateur, vous remarquerez sur la deuxième photo le détail qui justement, “cloche”… Cette cloche jaune est “dessiné” à l’envers…. étourderie du verrier ?

animaux dans la cathédrale - Dromadaires vitrail de Joseph

Continuons notre recherche des animaux dans la cathédrale

Pour le vitrail de Noé, ce qui m’amuse toujours ce sont les éléphants roses. Ils sont évocateurs non pas du fait que Noé, cultivateur de la vigne fut le premier à s’enivrer, mais plutôt que les descriptions des éléphants indiquaient que ceux ci étaient énormes à la peau apparente. Or, le seul “gros” animal à la peau apparente connue par l’homme médiéval était le cochon. Ainsi, il suffisait au verrier d’ajouter une trompe à un cochon et le tour était joué, l’éléphant était créé.

animaux dans la cathédrale - Vitrail de Noé dromadaires

Pour en savoir plus sur l’art du vitrail, je vous conseille de visiter le Centre International du Vitrail

Ce musée est autant un lieu d’expositions, qu’un centre de recherche et de ressources sur le vitrail depuis le moyen-âge jusqu’à nos jours.

Le zodiaque et la notion de temps au moyen-âge

 

porches-zodiaque-cancerA l’heure des rappels calendaires sur nos téléphones ou autres réseaux sociaux, il est intéressant de savoir comment l’homme médiéval gérait son temps et surtout se repérait dans les heures, jours, mois saisons…

En effet, bien souvent, ces hommes et femmes d’autrefois ne savaient pas lire et c’est le soleil qui rythmait leur temps de travail et les nombreux repères qui jalonnaient la journée.

L’église gérait cette notion de temps par les moments de prière et de messe.

Ainsi, les cloches des églises et cathédrales donnaient les grandes divisions du jour (8 tranches de 3 heures) :

  • Frère Jacques doit sonner les Mâtines, première heure du jour qui était minuit.
  • Les laudes étaient à 3 heures,
  • Prime à 6 heures : c’est le début de la journée de labeur.
  • Tierce à 9 heures,
  • Sexte à 12 heures (qui correspondait à la sieste : on arrêtait de travailler),
  • None à 15 heures (à noter que les anglo-saxons considéraient none comme le milieu de la journée, d’où le noon pour midi)
  • Vêpres à 18h,
  • Complies à 21h (c’était l’heure où les gens devaient être chez eux).

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Colonnette portail Royal Chartres - La balance
Colonnette portail Royal Chartres – La balance

Cependant, il faut savoir que les jours et les heures n’étaient pas égaux entre les saisons : une heure d’été était bien plus longue qu’une heure d’hiver.

De même, pour repérer les mois, l’homme médiéval connaissait très bien le temps des travaux : comme le montre le Portail Royal de la Cathédrale de Chartres, ces travaux des mois (temps des vendanges, temps des moissons, temps de la chasse…) marquaient les grands moments de l’année.

C’est aussi pour cela que la plupart des horloges de cette époque se trouvaient dans les églises et cathédrales. Pensons à Strasbourg et sa magnifique horloge, mais aussi à notre Cathédrale de Chartres qui possède : un cadran solaire (l’ange au cadran, cher à Rainer Maria Rilke), le pavillon de l’horloge, une horloge astronomique dans son tour du choeur, les travaux des mois et signes du zodiaque au portail de la Cathédrale, les même signes du zodiaque représentés dans un vitrail du déambulatoire sud.

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Concernant l’horloge astronomique (ou astrolabique), on retrouve représentés les signes du zodiaque et une aiguille “courbe” indique la position de la lune en fonction de chaque période de l’année.

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D’ailleurs, la plupart du temps, ces signes sont représentées conjointement avec les travaux des mois. Voici quelques exemples extraits de notre cathédrale : le Verseau (nous rentrons dans le signe : bon anniversaire les verseaux !). Je vous ai mis la représentation du portail Nord de la cathédrale (baie de droite voussure extérieure). Du même portail, le signe du Cancer est représenté par une écrevisse. A l’intérieur de la cathédrale, l’horloge du 15e siècle à 24 sections… et surtout au mécanisme savant qui indiquait la position de la lune dans le ciel à chaque période. Presque en face, se trouve le vitrail (je vous ai mis le verseau et les poissons).

Et enfin au portail royal, baie de gauche, les signes du zodiaque et les travaux des mois… mais également, si vous regardez bien les petites colonnettes sculptées (un vrai régal), vous trouverez celle de la photo où sont installés les signes du zodiaque. C’est un vrai bijou, une dentelle de pierre !

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Vitrail Sainte-Barbe – Eglise Saint-Aignan

Pour célébrer la Sainte-Barbe ce 4 décembre, voici une photo du vitrail qui évoque la Sainte dans l’église Saint Aignan. Ce vitrail est caractéristique de l’art du vitrail renaissance. Il date de 1515 – 1520. Sainte Barbe est surtout la patronne des pompiers mais également des polytechniciens. C’est le jour où traditionnellement, on mettait à germer des grains de blé dans 3 coupelles qui représente la Trinité. Ce blé germé sera ensuite placé le 25 décembre dans la crèche

Le bleu de Chartres

Qui n’a jamais entendu parlé du Bleu de Chartres ? merveilleux bleu de nos verrières du 12e siècle…. bleu inimitable ? ou bleu d’une technique différente à celui du bleu gothique ?

belle-verriere-cathedrale-chartresDans tous les cas la couleur Bleu reste indissociable de notre ville ! Au 12e siècle, pour réaliser le verre bleu, les artisans verriers employaient un fondant sodique dans lequel ils incorporaient du cobalt auquel ils ajoutaient de l’antimoine (opacifiant), du cuivre et du fer. D’une nature très stable, le bleu ne s’altérait pas (ou très peu) : c’est lui compose Notre-Dame de la Belle Verrière ou encore l’arbre de Jessé. Au 13e siècle, la composition du verre change : de sodique, il devient potassique (la cendre de hêtre est alors utilisé) : c’est ce qui explique que nos vitraux du 13e siècle ont une teinte légèrement plus sombre. Comme il n’y a plus que dans notre cathédrale que vous pouvez voir autant de vitraux du 12e, on appelle ce bleu 12e Bleu de Chartres.

Le bleu : une couleur médiévale

En effet, c’est au 12e siècle que le bleu subit une véritable révolution. Auparavant, si on regarde toute l’histoire de l’art : point de bleu… l’Egypte ancienne seule utilisait cette couleur dans l’univers des tombeaux. N’oublions pas que pour les romains, avoir les yeux bleus n’étaient pas du tout un signe de beauté. C’est donc le Moyen-âge et plus particulièrement le 12e siècle qui vont donner au bleu ses lettres de noblesse. Et qui va être le 1er vecteur de “communication” du bleu ? la vierge… en fait, tout ce qui d’essence divine (monde céleste = bleu). A partir de cette époque, au 3/4, la vierge sera représentée en bleu. Dès les premiers capétiens, le royaume est “dédié” à Marie mais c’est Louis VII (au 12e !) qui adoptera définitivement la fleur de la vierge (Gabriel offre un lys à Marie) et la couleur azur.

Le bleu devient donc royal… et par la suite, signe de conservatisme… puis de stabilité. Le saviez-vous ? Le bleu va être intégré à cette époque dans le nouveau spectre à 6 couleurs et devient l’opposé du rouge : ce qu’il est resté dans toute la symbolique… les révolutionnaires choisiront toujours le rouge et les conservateurs le bleu !

Pour les passionnés que vous êtes : je vous invite à suivre les conférences de Michel Pastoureau qui évoque ce bleu : http://www.louvre.fr/les-couleurs-du-moyen-agemichel-pastoureau

Les vitraux de la Cathédrale

IMGP1751La cathédrale de Chartres bible de pierre à l’extérieur (nous l’avons vu déjà avec la magnifique statue de Jean-Baptiste au Portail Nord) est une véritable bible de verre à l’intérieur : près de 2600 m² de vitraux d’époque (principalement 12e et 13e siècle), admirablement conservés forment un trésor que les chartrains ont, de tout temps, protégé avec ferveur.

A l’ouest, le visiteur pourra admirer les grandes verrières du 12e au nombre de 3 avec ce bleu limpide (cobalt) qui ont donné la naissance à l’expression “bleu de Chartres”. A droite, c’est l’Arbre de Jessé, au centre, la vie de Jésus de l’annonciation à l’entrée dans Jérusalem, à gauche, le visiteur pourra voir la cène et la crucifixion. Ces vitraux forment avec Notre Dame de la Belle Verrière les vitraux romans du 12e siècle : parmi les plus anciens au monde, les mieux conservés. Notre-Dame de la Belle Verrière, Joconde des vitraux trône côté sud. Seuls les 3 panneaux avec la vierge date du 12e, ils se trouvaient dans la cathédrale romane et ont survécu à l’incendie de juin 1194. Dans la nouvelle cathédrale gothique qui a été construite ensuite, ils ont été enchâssés dans un vitrail du 13e siècle. Le visiteur constatera alors la différence entre le bleu roman et le bleu gothique.

VD - IMGP0881© Office de Tourisme de Chartres - Chartres Convention & Visitors BureauDe nombreux vitraux du 13e siècle, offerts à la Cathédrale par les corporations de la ville, présentent un livre d’histoire sur les métiers et la vie des chartrains au 13e siècle.

DSC01561Mais le visiteur admirera aussi quelques vitraux du 15e siècle avec la chapelle Vendôme et surtout, lorsqu’il se trouvera à la croisée du transept, il pourra jouir d’une vue imprenable sur les 3 rosaces de la cathédrale. La rose occidentale, la plus ancienne, avec un remplage encore important, alors que la nord (offerte par Blanche de Castille) et la sud sont des joyaux de légèreté.

Le moment idéal pour apprécier la luminosité de ces vitraux : la fin de l’après-midi où le bleu prend toute sa lumière.

Lors des visites, je vous propose la lecture de certains vitraux où des petites clés vous permettront de comprendre l’esprit de l’homme médiéval.

Bonne découverte !