Cathédrale

Villard de Honnecourt : sur les traces des bâtisseurs

Carnet Villard de HonnecourtVillard de Honnecourt : un compagnon du 13e siècle

Le carnet de Villard de Honnecourt, conservé à la Bibliothèque Nationale de France, nous fournit de nombreuses informations sur les techniques employées par ces bâtisseurs, oeuvriers des cathédrales. D’autre part, le carnet comprend maintenant 33 feuillets alors qu’un premier inventaire du 17e siècle mentionne le chiffre de 41. Enfin, ce qui peut nous paraître troublant et difficile à appréhender : tous les plans de ce carnet sont transcris en mode « plan » et non en volume.

Si vous faites l’inventaire, vous y trouverez des planches naturalistes, des représentations de personnages : allégories, scènes religieuses ou civiles, des croquis d’architecture et des études géométriques, des engins : machines militaires ou de chantier, et même des ébauches de machines à mouvement perpétuel. Et ce qui est passionnant, c’est l’analyse de ces « modèles » utilisés par des tailleurs de pierre, mais également des outils de mesure ou de levage des pierres. Les textes sont rédigés en picard et non en latin.

Dans les secrets des bâtisseurs

Les bâtisseurs étaient des experts. L’architecte, maître d’oeuvre sur le chantier, dirigeait totalement les travaux. Bien entendu, le clergé en la personne de l’évêque pour les cathédrales était le décideur. Au moment de la reconstruction de notre cathédrale, après 1194, Renaud de Mouçon avait confié la tâche de « surperviser » les travaux au doyen du chapitre. Quant à lui, ses relations ont permis de collecter de nombreux fonds, car sans argent pas de mortier. Les salaires de nos artistes n’étaient pas modestes, bien au contraire.

Si les journées, calées sur la durée du jour, étaient parfois très longues, nos oeuvriers disposaient de 2 jours de repos hebdomadaire. Une petite chose amusante : la mesure utilisée était le pied. Mais chaque architecte « prenait son pied » en référence, ce qui évidemment, pouvait varier d’un maître d’ouvrage à un autre !

Une dernière chose, importante : l’utilisation des gabarits qu’on appelle des molles. Ces molles définissent la taille exacte des pierres à tailler. Regardez bien le vitrail de Sylvestre, le cercle avec ces outils (on reconnaît l’équerre) : vous y voyez des petites formes. Ce sont justement les molles. Et regardez bien l’extrait du carnet de Villard de Honnecourt avec ces croquis de formes « de base ». Les vitraux où vous voyez les bâtisseurs à l’ouvrage sont respectivement : Sylvestre, Charlemagne, Saint-Cheron.

En 1210, la Cathédrale se construisait…

oriflamme-vitraux-chartresHistoire de la Cathédrale : en 1210, l’édifice aurait pu disparaître…

Ce titre peut vous sembler un peu apocalyptique. Cependant, voici ce que nous raconte l’histoire de la Cathédrale. Les événements se sont produits l’année où les travaux allaient bon train. Et même si tout est rentré dans l’ordre, cela aurait pu tout compromettre dans l’édification de notre monument.

Des émeutes dans le cloître

Au cours des derniers mois de 1210, le Comte de Chartres, l’évêque Renaud de Mouçon et de nombreux autres fidèles chrétiens avaient pris le chemin de pèlerinage afin de lutter contre certains hérétiques… Entendez par là, qu’il prit les armes et dirigé une troupe de croisés pour aider Simon de Montfort contre les Cathares. C’est alors que des tensions se nouent entre les chanoines et la Comtesse de Chartres. Celles ci avant déjà commencé en 1209 quand les officiers de la Comtesse firent arrêter un nommé Moreau habitué de l’église de Chartres pour différents vols. Devant le refus de la comtesse de relâcher le prisonnier, chapitre monta au créneau. Ainsi, ils mirent l’interdit sur la ville et la banlieue. Cet interdit fut confirmé par l’archevêque de Sens le 4 février 1209.

Plus tard, un domestique du doyen du chapitre a tabassé un habitant sujet de la comtesse. En cette fin 1210, une foule d’habitants de Chartres, peut être animée par des officiers de la comtesse attaquèrent la maison du doyen du chapitre de la cathédrale. Après une assez longue échauffourée, les habitants n’ont pu qu’endommager et piller la maison du doyen (sur le parvis nord), avant de se replier dans leurs foyers.

Philippe Auguste y met bon ordre

Il y eut probablement plusieurs morts et blessés dans les assaillants. Pour calmer les émeutiers, Philippe Auguste se rendit à Chartres. En effet, son attachement à la ville était lié à sa mère Adèle de Champagne, fille du Comte de Chartres (et de Champagne bien sûr !).  Bien sûr, les chanoines obtinrent la décision d’un long processus de punition et d’expiation pour les coupables. Je vous ai mis en illustration un détail d’oriflamme dans la Cathédrale et les armes de Renaud de Mouçon. Ce dernier était issu de la famille de Bar, des Lorrains très proches du pouvoir puisque Renaud était le cousin d’Adèle de Champagne.

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La Reine de Saba – Portail Royal Cathédrale de Chartres

La reine de Saba : une des statues les plus photographiées à Chartres

Mais le mot qui revient toujours lorsqu’on parle de cette statue est sourire. Effectivement, la belle reine du milieu du 12e siècle est une des premières sculptures romanes à esquisser un sourire. Cependant, si vous l’observez de plus près, un autre détail vous interpellera. Ce sont deux petits trous au niveau des pupilles. Ainsi, au moment de sa réalisation, nous aurions pu dire à la Reine de Saba au moment « t’as de beaux yeux tu sais ! ».

reine-de-saba_chartres

gros-plan-reine-saba-chartresLa technique du trépan

Je vous dis « la Reine de Saba » mais plusieurs statues du portail royal ont ces petits trous au niveau des pupilles. Ceux-ci permettaient d’intégrer des morceaux de plomb ou de pierres semi-précieuses pour faire ressortir les yeux des personnages. Comment procédait-on ? La technique employée était celle du trépan. Ce mot d’origine grec signifie « je perce ». Des cavités sont donc percées pour accueillir les objets à faire ressortir. Cet outil est un foret manuel actionné grâce à un archet. Il permettait de faire ressortir le relief de l’objet travaillé. Vous noterez également des trous au niveau de la couronne : il est fort vraisemblable que notre jolie reine avait une couronne incrustée de pierres colorées.

elneOn peut donc dire que nos statues étaient peintes, mais également décorées. Je vous ai mis en dernière place une photo du cloître d’Elne (Pyrénées), roman comme le portail royal. Plusieurs statues des chapiteaux y ont les pupilles ornées de plomb.

Vous voulez en savoir plus sur la construction de la façade de la cathédrale et du portail Royal : découvrez un jour à Chartres !

Saint-Nicolas

Vitrail de Saint-Nicolas-Cathédrale-Chartres - Offert par les épiciers et merciers
Vitrail de Saint-Nicolas-Cathédrale-Chartres – Offert par les épiciers et merciers

Nicolas est probablement le saint le plus attendu par les enfants dans le nord et l’est de la France, idem en Belgique, Allemagne et tous les pays de l’est. En effet, traditionnellement dans ces régions, c’était lui qui apportait les cadeaux aux enfants, Noël n’étant que la célébration de la nativité et l’occasion de se retrouver en famille. Dès son enfance, Nicolas a eu une vie bien remplie et son parcours est jalonné de miracles de toute sorte. La plus connue et qui a fait de lui le protecteur des étudiants et des jeunes (allez voir une saint Nicolas dans les universités du nord : c’est très très festif !) : les 3 clercs assassinés par l’aubergiste et ressuscités par Nicolas. Bien évidemment, notre cathédrale n’est pas en reste en ce qui concerne les histoires de Saint-Nicolas : on le retrouve évoqué dans 4 verrières dont voici quelques photos.

Si vous regardez bien à droite de celui offert par les épiciers, un apothicaire prépare une potion avec le pilon et le mortier. A gauche, ce sont les épiciers, marchands d’épices rares dont on se servait aussi bien pour se parfumer que pour soigner ou donner du goût aux plats, et puis au centre les merciers, marchands de tout et de rien… en gros, l’ancêtre de nos bazars

Très bonne Saint-Nicolas à tous !

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‪#‎SaintNicolas‬

Le bleu de Chartres

Qui n’a jamais entendu parlé du Bleu de Chartres ? merveilleux bleu de nos verrières du 12e siècle…. bleu inimitable ? ou bleu d’une technique différente à celui du bleu gothique ?

belle-verriere-cathedrale-chartresDans tous les cas la couleur Bleu reste indissociable de notre ville ! Au 12e siècle, pour réaliser le verre bleu, les artisans verriers employaient un fondant sodique dans lequel ils incorporaient du cobalt auquel ils ajoutaient de l’antimoine (opacifiant), du cuivre et du fer. D’une nature très stable, le bleu ne s’altérait pas (ou très peu) : c’est lui compose Notre-Dame de la Belle Verrière ou encore l’arbre de Jessé. Au 13e siècle, la composition du verre change : de sodique, il devient potassique (la cendre de hêtre est alors utilisé) : c’est ce qui explique que nos vitraux du 13e siècle ont une teinte légèrement plus sombre. Comme il n’y a plus que dans notre cathédrale que vous pouvez voir autant de vitraux du 12e, on appelle ce bleu 12e Bleu de Chartres.

Le bleu : une couleur médiévale

En effet, c’est au 12e siècle que le bleu subit une véritable révolution. Auparavant, si on regarde toute l’histoire de l’art : point de bleu… l’Egypte ancienne seule utilisait cette couleur dans l’univers des tombeaux. N’oublions pas que pour les romains, avoir les yeux bleus n’étaient pas du tout un signe de beauté. C’est donc le Moyen-âge et plus particulièrement le 12e siècle qui vont donner au bleu ses lettres de noblesse. Et qui va être le 1er vecteur de « communication » du bleu ? la vierge… en fait, tout ce qui d’essence divine (monde céleste = bleu). A partir de cette époque, au 3/4, la vierge sera représentée en bleu. Dès les premiers capétiens, le royaume est « dédié » à Marie mais c’est Louis VII (au 12e !) qui adoptera définitivement la fleur de la vierge (Gabriel offre un lys à Marie) et la couleur azur.

Le bleu devient donc royal… et par la suite, signe de conservatisme… puis de stabilité. Le saviez-vous ? Le bleu va être intégré à cette époque dans le nouveau spectre à 6 couleurs et devient l’opposé du rouge : ce qu’il est resté dans toute la symbolique… les révolutionnaires choisiront toujours le rouge et les conservateurs le bleu !

Pour les passionnés que vous êtes : je vous invite à suivre les conférences de Michel Pastoureau qui évoque ce bleu : http://www.louvre.fr/les-couleurs-du-moyen-agemichel-pastoureau

La crypte à la bougie

Crypte

Découverte de la crypte à la bougie suivie de Chartres en Lumières : cette visite s’intitule visite privilège.

C’est surtout un moment magique, une visite exceptionnelle où on se sent tout petit. A la lueur de la bougie, vous pénétrez dans la crypte de la Cathédrale (on dit église basse…. mais on découvre au cours de notre périple dans la partie réellement nommée crypte). Un peu de chants grégoriens de la part de notre guide et une plongée totale dans ce que pouvaient vivre les pèlerins d’autrefois. Le plus du plus…. on arrive en fin de parcours dans la nef de la Cathédrale, sans personne, dans le noir (enfin, juste nos bougies !) et on comprend alors les volumes, le ressenti.

Après cette visite magique, je vous emmène pour la découverte de Chartres en Lumières avec bien entendu, le Portail Royal de la cathédrale, toujours aussi prodigieux et à couper le souffle.

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A tester, à voir, et à revoir !

Cette visite nocturne est accessible au plus grand nombre. Réservation recommandée à l’Office de Tourisme : 02 37 18 26 26.

Plus d’information sur les sites :