Danse macabre : l’exemple de Meslay le Grenêt

Danse macabre : l’exemple de Meslay le Grenêt

Le 15e siècle marque la fin du moyen-âge certes, mais surtout constitue un siècle charnière avec son lot de fléaux, guerres, épidémies, récoltes calamiteuses… et de doutes spirituels et religieux.
C’est à cette période difficile qu’apparaissent en Europe des représentations, le plus souvent picturales, mais on sait que de nombreux mystères et représentations théâtrales abordaient le sujet, que nous nommons aujourd’hui “les Danses Macabres”. Si j’en parle ici, c’est tout simplement parce que notre territoire abrite une de ces danses parmi les mieux conservées en Europe : la danse macabre de Meslay le Grenêt.

Origine de la danse macabre

La première danse macabre apparut à Paris en 1424, au cimetière des Innocents. On dit que l’événement déclencheur fut l’assassinat de Louis d’Orléans, frère de Charles VI le fol, à quelques rues de là (cet événement fut à l’origine de la guerre “Armagnacs” et “Bourguignons” qui marqua la guerre de 100 ans). Cette “danse” aurait été conçue comme une sorte d’expiation de ce crime. Elle mettait en scène la mort avec une procession de personnages. En dessous, des petits textes se terminaient toujours par une sentence : tous égaux devant la mort. Mais en y regardant de plus près, on en retrouve quelques maximes bien contemporaines : “Qui trop embrasse peu étreint” (phrase du marchand) “à toute peine, salaire est dû” (phrase du paysan)… le tout ponctué par un squelette qui nous interpelle : tu seras comme nous !
Ce côté moralisateur de la danse macabre est à mettre en parallèle des représentations de jugement dernier avec les élus et les damnés aux portails des églises et cathédrale. Je fais bien entendu allusion à notre linteau central du portail sud de la cathédrale.

La danse macabre de Meslay le Grenêt

 Danse macabre - Eglise de Meslay le Grenêt - Les cavaliersRevenons à notre danse locale. La danse macabre de Meslay illustre le thème “le dit des 3 morts et des 3 vifs” : 3 cadavres s’adressent à 3 jeunes cavaliers. En dessous, classés du plus puissant (l’empereur) aux plus humbles (l’enfant et l’ermite) font une sorte de ronde orchestrée par la mort et agrémentée par des squelettes rieurs et moqueurs. On trouve juste en dessous des textes illustrant l’ensemble en vieux français. Outre ces représentations, une allégorie a attiré mon attention (peut être mon côté féminin bavard !) : le dit des femmes bavardant pendant la messe. La danse de Meslay a été réalisée à la fin du 15e siècle mais frappe par son état de conservation qui en fait l’ensemble le plus complet d’Europe. Ne nous leurrons pas cependant : recouverte au 18e siècle (plus au goût du jour !) par un enduit, la danse a été redécouverte dans la seconde moitié du 19e siècle, période où le moyen-âge revenait en force. Une restauration fut alors entreprise permettant de reconstituer l’ensemble mais en même temps en réinterprétant les morceaux manquants : cette danse macabre de Meslay le grenêt est un prodigieux élément du patrimoine et témoin du 15e siècle, mais en même temps, toute la représentation est à prendre avec d’extrêmes précautions. Ne boudons pas notre plaisir : profitez des beaux-jours pour aller la voir, ça vaut le détour !

 Danse macabre - Eglise de Meslay le GrenêtVous souhaitez visiter ?

N’hésitez pas à consulter le site de l’Office de Tourisme de Chartres Métropole ou Tourisme 28.

Posted on: 9 avril 2017Véronique Domagalski - Guide conférencière